Et si Grand Theft Auto V n’était pas qu’un défouloir numérique, mais un véritable laboratoire pour comprendre la ville contemporaine ? C’est la thèse fascinante que développe Angelo Careri, enseignant et rédacteur en chef de la revue Immersion, dans son nouvel essai Grand Theft Auto – Crime et architecture. Un ouvrage de 232 pages qui s’annonce comme une lecture essentielle, bien au-delà des éternelles polémiques sur la violence du jeu.
Los Santos, un « système urbain » à décrypter
Publié par Façonnage Éditions dans la collection Everglades, le livre sera disponible dès le 26 mai 2026 au prix de 22 € (ISBN : 978-2-491961-22-0). Angelo Careri y rejette l’approche classique de la critique représentative ou de la simple satire parodique. Pour lui, GTA fonctionne comme une « machine urbaine » programmable, un simulateur de ville ouvert où les routes, les missions, la réponse policière, les biens immobiliers et les opportunités criminelles forment une logique spatiale unique. « Le crime a toujours été indissociable de l’idée de ville », affirme-t-il, insistant sur la nécessité d’étudier le jeu comme une méthode pour saisir la réalité contemporaine.
Une analyse à deux échelles, de la satire au détournement
L’essai propose une lecture de Los Santos, la mégalopole fictive inspirée de Los Angeles, à deux niveaux. À l’échelle macro, la ville est analysée comme une machine intégrée, une satire photoréaliste et une fable criminelle où se jouent les rapports entre capitalisme, espace urbain et performance sociale. À l’échelle micro, Careri s’intéresse aux détournements et aux interventions artistiques qui traitent le monde du jeu comme un matériau malléable, notamment via les serveurs de rôleplay de GTA Online.
Cette plongée dans l’imaginaire urbain américain est préfacée par Mathieu Triclot, philosophe et auteur de l’ouvrage de référence Philosophie des jeux vidéo (Zones, 2011). L’iconographie, quant à elle, est signée Léonardo Magrelli, dont les images de game-photography viennent compléter cette analyse pointue.
Un jeu au coeur des débats culturels
Depuis sa sortie initiale le 17 septembre 2013 sur PS3 et Xbox 360, Grand Theft Auto V n’a cessé de fasciner et de diviser. Devenu l’un des jeux les plus vendus de l’histoire avec plus de 185 millions d’exemplaires écoulés, il a connu des versions améliorées sur PS4, Xbox One, PC, puis une édition « Expanded and Enhanced » sur PS5 et Xbox Series X|S en mars 2022. Son monde ouvert, véritable prouesse technique, met en scène une ségrégation socio-spatiale criante, des villas de luxe de Michael De Santa aux quartiers défavorisés de Franklin Clinton, en passant par le désert marginal de Trevor Philips.
Le livre de Careri s’inscrit dans la continuité de son projet de recherche (DSRA), présenté publiquement le 27 février 2026 à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Il explore comment GTA V, bien plus qu’une caricature, est devenu un laboratoire de nouvelles formes de socialisation. L’architecture y est un enjeu de pouvoir : bâtiments gouvernementaux bunkerisés, base militaire de Fort Zancudo, ou encore les mystères du Mont Chiliad qui nourrissent une mythologie conspirationniste. Chaque building, chaque ruelle, devient un élément d’un palimpseste urbain où se lisent les hiérarchies sociales et l’économie criminelle.
Une conférence de lancement à Paris
Pour accompagner cette sortie, une conférence de lancement est organisée le 28 mai 2026 à 19h30 à la librairie Le Monte-en-l’air, située au 2 rue de la Mare dans le 20e arrondissement de Paris. L’occasion parfaite pour débattre de la manière dont un jeu vidéo, souvent décrié pour sa violence graphique et ses représentations polémiques, peut aussi être lu comme un essai critique sur l’urbanisme, le capitalisme et la société du contrôle. Une approche qui promet de renouveler le regard, bien au-delà du simple commentaire de fan ou de la critique culturelle conventionnelle.

