Capture d'ecran de La Legende de Thor sur Mega Drive montrant le prince Ali au combat avec l'esprit du feu Efreet, devant un fond de ruines antiques.

La Légende de Thor : l’action-RPG Mega Drive qui a défié Zelda et marqué toute une génération

Lili · · 5 min · 0 commentaire

Il y a des jeux qui s’installent dans la mémoire comme des tendres souvenirs, sans forcément avoir bousculé les charts. C’est exactement le cas de La Légende de Thor, un action-RPG sorti en toute fin de vie de la Mega Drive et que la presse rétro française adore ressortir comme le « Zelda de chez Sega ». Développé par Ancient, le studio fondé par le compositeur Yuzo Koshiro, ce titre a marqué son époque par son gameplay hybride et sa réalisation technique bluffante. Retour sur une aventure qui, vingt-cinq ans plus tard, continue d’enchanter les collectionneurs comme les néophytes.

Un projet né pour combler le vide de la Mega Drive

Au début des années 90, la console 16-bit de Sega accumule les hits, mais peine à proposer un équivalent crédible à The Legend of Zelda. Super Nintendo enchaîne les chefs-d’oeuvre d’aventure, tandis que la Mega Drive se contente de quelques pépites comme LandStalker. Pour changer la donne, Sega lance au Japon le Mega RPG Project, un label interne destiné à étoffer le catalogue de jeux de rôle et d’action-RPG. C’est dans ce cadre que sort The Story of Thor: Hikari wo Tsugu Mono le 9 décembre 1994. Rebaptisé La Légende de Thor en France (et Beyond Oasis en Amérique du Nord), le jeu débarque chez nous en mars 1995, à un moment où les projecteurs sont déjà braqués sur la Saturn et la 32X.

Le prince Ali et les quatre esprits : un cocktail d’action et de réflexion

Vous incarnez Ali, un jeune prince chasseur de trésors. En explorant une île, il met la main sur un bracelet d’or, artefact légendaire permettant d’invoquer quatre esprits élémentaires : Dytto (eau), Efreet (feu), Shade (ombre) et Bow (plante). Ce bracelet appartenait autrefois à un mage qui affronta le porteur du bracelet d’argent, source de chaos. Quand ce dernier refait surface, Ali doit retrouver les esprits pour empêcher une catastrophe. Ce scénario, simple en apparence, sert de prétexte à un gameplay profond qui mêle combats énergiques et puzzles contextuels.

La vue isométrique rappelle immédiatement un Zelda-like, mais la comparaison s’arrête vite. Là où Link assène des coups d’épée relativement simples, Ali enchaîne les combos techniques dignes d’un beat’em up. Le poignard infini se manipule avec des quart de cercle et des attaques chargées, tandis que les armes secondaires (épées, arcs, bombes) ont une durée de vie limitée. Le vrai génie du titre réside dans la gestion des esprits. Ali doit projeter une sphère de lumière sur un élément du décor (une flaque, un brasero, une zone d’ombre ou une plante) pour faire apparaître la créature associée. Chacun dispose de capacités uniques : Dytto soigne ou gèle des ennemis, Efreet déclenche des tempêtes de feu, Shade crée un grappin d’ombre pour franchir des gouffres, et Bow attaque à distance avec du lierre. Cette mécanique transforme chaque donjon en un casse-tête organique où il faut alterner entre combat et utilisation astucieuse des pouvoirs.

Une réalisation technique qui a bluffé les joueurs

Sorti en 1994, La Légende de Thor est une claque visuelle. Les sprites 2D très colorés, les animations fluides et les effets de zoom donnent l’impression d’un jeu qui repousse les limites de la Mega Drive. Les donjons regorgent de détails, les boss affichent des patterns soignés, et l’ensemble reste aujourd’hui très agréable à l’oeil. Côté sonore, Yuzo Koshiro (célèbre pour Streets of Rage et ActRaiser) livre une bande-son épique, mâtinée de percussions orientales, qui colle parfaitement à l’ambiance. La sauvegarde se fait via des statues disséminées dans le monde, un système classique qui encourage l’exploration.

Le monde d’Oasis est semi-ouvert : des forêts, des montagnes, une plage et des ruines interconnectées, avec des zones inaccessibles tant que vous n’avez pas débloqué le bon esprit. Une progression bien rodée qui maintient la curiosité en éveil. Le titre supporte aussi la manette 6 boutons de la Mega Drive et fut même disponible à l’époque via le Sega Channel, un détail qui montre l’ambition de Sega.

Un destin de jeu culte, de la Saturn aux compilations modernes

La Légende de Thor n’a pas connu de suite directe, mais un préquel est sorti en 1996 sur Saturn : The Legend of Oasis (ou Story of Thor 2 en Europe). Reprenant le système d’esprits avec plus de combos, il se déroule avant les événements du premier volet. Malheureusement, la saga s’arrête là. Pour autant, Sega n’a jamais oublié le titre. Dès 2007, il débarque sur la Console Virtuelle de la Wii, puis intègre les compilations Sonic’s Ultimate Genesis Collection (PS3, Xbox 360) et Sega Genesis Classics (PS4, Xbox One, Switch, PC). En 2017, un portage iOS et Android permet même d’y jouer sur mobile. Plus récemment, il était intégré à la Sega Genesis Mini.

Cette présence constante dans les anthologies officielles témoigne du statut particulier du jeu. Sans avoir les chiffres de ventes mirobolants d’un blockbuster, La Légende de Thor a gagné ses galons de hit de prestige. Les rétrospectives, podcasts et sites spécialisés (de Gamekult à Hardcore Gaming 101) louent toujours son gameplay nerveux et son ingéniosité. À l’heure où l’on redécouvre les pépites de la Mega Drive, cette aventure mérite amplement le détour, que l’on soit nostalgique ou simple curieux.

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