Difficile d’imaginer l’industrie du jeu vidéo sans Grand Theft Auto. Avec environ 390 millions d’exemplaires écoulés, cette saga créée par DMA Design (devenu Rockstar North) a redéfini l’open world. Pourtant, quand Collider se risque à classer les épisodes principaux, l’exercice vire au casse‑tête. Aucun ordre officiel n’existe, et chaque fan a son propre temple de la nostalgie. Voici pourquoi établir un top des GTA « mainline » relève d’une mission quasi impossible.
Les fondations 2D : l’ADN du chaos
Tout commence en 1997 avec Grand Theft Auto, un ovni en vue de dessus où trois villes (Liberty City, San Andreas, Vice City) s’enchaînent via des cabines téléphoniques. Le développement chaotique, étalé sur quatre ans, n’empêche pas le titre de créer un scandale retentissant au Royaume‑Uni : le British Board of Film Classification lui inflige un classement 18+. La violence et la criminalité choquent, mais posent les bases de la satire sociale chère à la série. Deux extensions londoniennes suivent, puis Grand Theft Auto 2 en 1999, qui introduit un système de réputation auprès de factions, annonçant déjà la dimension bac à sable.
La révolution 3D : quand Vice City et San Andreas ont tout changé
L’arrivée de Grand Theft Auto III en 2001 sur PS2 est un séisme. Pleine 3D, vue à la troisième personne, radio intégrée, poursuites policières dynamiques : le jeu invente littéralement l’open world urbain moderne. Liberty City devient un terrain de jeu où l’on peut ignorer la mission principale pour semer le chaos. Deux ans plus tard, Vice City enflamme l’ambiance Miami eighties avec bande‑son disco, motos et achat de propriétés. Enfin, San Andreas repousse toutes les limites en 2004 : un État entier, trois métropoles, de la campagne, et des mécaniques RPG (musculation, compétences de conduite, gestion de gangs). Cet épisode est souvent cité comme le plus ambitieux de l’ère PS2.
L’ère HD : réalisme et tri‑protagoniste
Avec Grand Theft Auto IV en 2008, Rockstar opte pour un ton plus grave et un moteur graphique (RAGE) aux animations plus lourdes. La physique des véhicules et la densité des piétons immergent dans une Liberty City sombre, portée par Niko Bellic. Les extensions The Lost and Damned et The Ballad of Gay Tony enrichissent l’histoire, mais restent en dehors des classements « mainline ». En 2013, Grand Theft Auto V frappe un immense coup : trois protagonistes jouables (Michael, Franklin, Trevor), un switch en temps réel, et un monde ouvert qui mêle Los Santos urbaine et campagne désertique. Le jeu devient l’un des plus vendus de tous les temps, soutenu par GTA Online, véritable jeu‑service aux mises à jour continues.
Un classement forcément subjectif
Les listes du type « pire au meilleur » fleurissent sur le web et YouTube, mais elles varient énormément. Certains médias placent GTA IV tout en haut pour son écriture mature, d’autres sacrent GTA V pour sa démesure technique. À l’inverse, GTA III, pourtant fondateur, est souvent relégué plus bas, jugé techniquement daté face à l’ampleur de San Andreas ou la finesse de la HD. Sans surprise, les spin‑offs comme Liberty City Stories, Vice City Stories ou Chinatown Wars sont rarement inclus, car considérés hors du canon « mainline » même si certains classements d’amateurs les ajoutent.
Les critères qui rendent le débat impossible
Comment départager des jeux qui ont chacun apporté une rupture majeure ? L’échelle du monde, l’évolution technique (2D vers 3D puis HD), la patte narrative, la bande‑son, la profondeur des mécaniques RPG, et jusqu’au ton (satirique outrancier ou réaliste dramatique) forment un mille‑feuille difficile à noter. À cela s’ajoute le poids des souvenirs : l’émerveillement devant la première ville en 3D n’est pas comparable à la claque visuelle de GTA V. En attendant les détails officiels sur le prochain épisode, dont le développement a été confirmé par Rockstar, ce classement restera un mirage éditorial. Ce qui est certain, c’est que chaque opus principal a marqué l’industrie, de la cabine téléphonique en 2D aux courses poursuites avec vue HD sur le mont Chiliad.



