Après une carrière dense de 35 ans qui l’a vu façonner deux des plus grandes franchises du jeu vidéo, Glen Schofield a officiellement annoncé sa retraite ce 15 juillet 2026. Le créateur de Dead Space et cofondateur de Sledgehammer Games a partagé la nouvelle dans une vidéo de quatre minutes publiée sur LinkedIn, remerciant sa famille, Electronic Arts, Activision et les joueurs.
Un parcours hors norme, de Barbie à Dead Space
Démarrant comme simple artiste 2D en 1990 sur Barbie Game Girl, Glen Schofield a traversé les époques avec une filmographie vertigineuse d’environ 31 jeux. Il s’est rapidement imposé comme une figure majeure chez Electronic Arts, où il a donné naissance à la licence Dead Space au sein du studio EA Redwood Shores, rebaptisé plus tard Visceral Games. Ce survival horror de science-fiction, sorti en 2008 sur Xbox 360, PlayStation 3 et PC, a marqué un tournant pour le genre en introduisant une idée aussi simple que brillante : le démembrement stratégique.
Dans ce classique instantané, l’ingénieur Isaac Clarke débarque sur l’USG Ishimura, un vaisseau-planète chargé d’extraire des minerais, pour découvrir que l’équipage a été massacré par les Necromorphs. La particularité du combat ? Il ne suffit pas de vider un chargeur dans le torse : il faut découper les membres. Une philosophie de gameplay directement inspirée par Resident Evil 4 et l’atmosphère de Silent Hill, selon les propres mots de Schofield. L’accueil, aussi bien critique que public, est immédiat : Dead Space devient une référence absolue, salué pour son sound design, sa direction artistique et son ambiance oppressante.
Une franchise devenue mythe
La saga ne s’est pas arrêtée au premier épisode. Dead Space 2 a vu le jour en 2011, suivi de Dead Space 3 en 2013, étoffant un univers déjà riche de films d’animation comme Dead Space: Downfall et Aftermath, ainsi que de comics. L’histoire de Clarke, des Markers et de la Convergence a irrigué toute cette décennie, installant durablement la licence comme un pilier du survival horror moderne en 3D. La consécration viendra en janvier 2023 avec un remake développé par Motive, sorti sur PS5, Xbox Series X|S et PC. Ce retour aux sources proposait une Ishimura entièrement connectée sans écrans de chargement, et un « intensity director » pilotant l’apparition des ennemis avec une précision diabolique.
Les années Call of Duty et la création de Sledgehammer
Parallèlement, Glen Schofield a cofondé Sledgehammer Games, où il a occupé des postes de direction sur des épisodes cultes : Call of Duty: Modern Warfare 3, Advanced Warfare et WWII. Cette double casquette, entre horreur spatiale et blockbuster militaire, lui a offert ce qu’il appelle « un siège à l’avant pour une des plus grandes explosions créatives de l’histoire ». Un privilège rare qui fait écho à une époque bénie du jeu vidéo, celle des années 2000-2010, qu’il juge aujourd’hui révolue.
The Callisto Protocol, le chant du cygne amer
Le dernier défi de Schofield s’appelait The Callisto Protocol. Développé par Striking Distance Studios, fondé en 2019 sous l’égide de Krafton, ce projet d’envergure a englouti un budget d’environ 160 millions de dollars. Malheureusement, le jeu sorti en 2022 n’a jamais atteint ses objectifs de vente, s’attirant des critiques mitigées. Conséquence : Glen Schofield quitte son propre studio en septembre 2023. Déjà fragilisé par un autre projet récent dont le financement a fondu de 10 millions à une fourchette de 2 à 5 millions de dollars, avant d’être purement abandonné avec sa fille, le créateur a confié son épuisement face aux difficultés de financement et à la redéfinition du monde AAA.
Dans son message d’adieu, il demande à ses anciens employeurs Electronic Arts et Activision d’oublier leur « âge d’or », les jugeant aujourd’hui « complètement à la ramasse ». Une déclaration sans fard qui résonne comme un bilan doux-amer.
Place à l’écriture et aux arts visuels
À bientôt 62 ans, Glen Schofield n’entend pas pour autant rester inactif. Il privilégiera désormais l’écriture et les arts visuels, deux domaines qui l’ont toujours habité. S’il ne dirigera plus de studio et ne créera pas non plus de société orientée IA, il pourrait ponctuellement conseiller des équipes. Une page se tourne, mais l’héritage de cet artisan du pixel 2D devenu maître de l’épouvante spatiale continuera de hanter nos consoles pendant des générations.



