Illustration montrant des creatures de Palworld face a un logo Nintendo, evoquant la bataille juridique autour des brevets de gameplay.

Palworld : Nintendo ne pourrait récupérer que 30 000 $ selon un expert IP

Lili · · 3 min · 0 commentaire

Alors que le monde du jeu vidéo observait avec attention le bras de fer juridique entre Nintendo et Pocketpair autour de Palworld, une analyse récente vient relativiser l’enjeu financier. Selon Florian Mueller, expert en propriété intellectuelle, la plainte resserrée fin 2024 limite les prétentions de Nintendo à des dommages dérisoires, de l’ordre de 30 000 dollars.

Une procédure recentrée aux ambitions réduites

Engagée en septembre 2024 devant le tribunal de district de Tokyo, la plainte de Nintendo et The Pokémon Company réclamait initialement 10 millions de yens (environ 66 000 dollars) plus intérêts. Mais en resserrant leur action pour ne plus viser que d’anciennes versions de Palworld, les plaignants ont considérablement limité leur marge de manœuvre. Mueller estime qu’il n’existe « aucune voie crédible vers une injonction » contre les versions actuelles, y compris Palworld 1.0. La procédure ne porterait plus que sur un impact commercial restreint.

Même en cas de victoire partielle sur ces anciennes versions, le maximum de dommages-intérêts récupérables serait de 5 millions de yens (environ 30 000 dollars). La raison ? Nintendo ne peut prétendre à une compensation que pour la période où ces brevets étaient en vigueur, et uniquement sur les ventes au Japon, les brevets invoqués étant purement japonais.

Des brevets de gameplay, pas de copie visuelle

Contrairement aux accusations de plagiat souvent évoquées, le coeur du litige repose sur des brevets techniques. Nintendo s’appuie sur trois dépôts (JP 7545191, 7493117, 7528390) validés courant 2024, qui protègent des mécaniques introduites dans Pokémon Legends: Arceus. Sont ainsi ciblés : la capture de créatures en temps réel par lancer d’objet dans un espace 3D, la transition fluide entre montures terrestres et aériennes, et la gestion post-capture des créatures. La ressemblance graphique des Pals avec les Pokémon n’a jamais été au centre des débats juridiques.

Pocketpair joue la défense offensive

De son côté, Pocketpair ne se laisse pas intimider. Le studio affirme que ces brevets n’auraient jamais dû être accordés, car les concepts existaient déjà dans d’autres jeux. Il conteste leur nouveauté et leur caractère inventif, et assure n’avoir reçu aucune notification officielle au moment où la plainte a fuité dans la presse. Bien que confiant, Pocketpair a néanmoins procédé à quelques ajustements visuels et mécaniques pour réduire les risques, tandis que la roadmap du jeu continue d’évoluer avec de nouveaux Pals, zones et donjons.

Un succès commercial qui a tout changé

Il faut mesurer l’ampleur du phénomène Palworld pour comprendre les craintes de Nintendo. Lancé en accès anticipé le 19 janvier 2024 sur PC (Steam, Microsoft Store) et Xbox Series X|S, Xbox One, incluant le Game Pass, le jeu a écoulé plus de 15 millions d’exemplaires et attiré 25 millions de joueurs. Ce succès fulgurant, mêlé aux polémiques sur le travail forcé des créatures ou l’usage d’armes, a sans doute précipité l’action en justice.

Un calendrier judiciaire qui s’étire

Les prochaines étapes sont désormais connues : la présentation des preuves est fixée au 1er octobre 2026, et un avis de la cour est attendu le 9 novembre 2026. Nintendo aurait d’ailleurs tenté de modifier ses brevets en cours de procédure pour les rendre plus robustes, selon certaines sources. D’ici là, l’issue reste ouverte, mais l’affaire pourrait surtout servir de test pour la stratégie de Nintendo en matière de protection de ses mécaniques de jeu.

Avec un enjeu financier si faible et l’absence de menace immédiate pour la version actuelle de Palworld, le procès prend des allures de combat symbolique. Il n’en soulève pas moins une question de fond : jusqu’où un éditeur peut-il breveter des interactions de base dans un monde ouvert ? La réponse viendra peut-être en novembre 2026.

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