L’affaire Palworld contre Nintendo prend une tournure inattendue : les offices de brevets japonais et américain viennent de porter un coup dur à la stratégie du géant de Kyoto. Alors que le procès intenté en septembre 2024 pour violation de brevets suit son cours, les récentes décisions des examinateurs sèment le doute sur la solidité des revendications de Nintendo.
Le JPO rejette un brevet clé de Nintendo
Le Bureau des brevets japonais (JPO) a adressé un camouflet à Nintendo en rejetant à titre provisoire une demande de brevet jugée dépourvue de caractère inventif. Pour motiver sa décision, l’examinateur a cité plusieurs jeux antérieurs, notamment ARK: Survival Evolved, Monster Hunter 4, Craftopia (précédent titre de Pocketpair), Kantai Collection et même Pokémon GO. La demande rejetée, enregistrée sous le numéro 2024-031879, a été officiellement notifiée le 17 octobre 2025.
Nintendo dispose désormais d’un délai de 60 jours pour répondre, modifier ses revendications, contester l’analyse ou faire appel. Cette procédure pourrait repousser la résolution du litige jusqu’en 2026, voire au-delà. Le brevet visait des mécaniques de capture et de libération de monstres, au coeur du procès intenté contre Pocketpair.
Aux États-Unis, des brevets fragilisés
La situation n’est guère plus favorable pour Nintendo outre-Atlantique. Si le géant a bien obtenu le brevet n° 12 403 397 sur une mécanique consistant à invoquer un personnage et le faire combattre, le directeur de l’USPTO a ordonné un réexamen après des critiques nourries d’avocats spécialisés. Par ailleurs, Nintendo et The Pokémon Company ont décroché un troisième brevet américain le 11 mars 2025, portant sur la transition fluide entre déplacements terrestres et aériens, et un quatrième était en voie d’être accordé. Ces titres renforcent la stratégie judiciaire, mais les réexamens et rejets partiels érodent leur portée.
Palworld, un phénomène qui a contraint Nintendo à réagir
Lancé en accès anticipé le 19 janvier 2024 sur PC et Xbox, Palworld a immédiatement explosé : 5 millions de copies vendues en trois jours, 8 millions en six jours, et un pic de 1,3 million de joueurs simultanés sur Steam, faisant du jeu le deuxième titre payant le plus joué de l’histoire de la plateforme. En un mois, plus de 25 millions de personnes y avaient goûté, et au moment de la sortie de la version 1.0 le 10 juillet 2026 (avec crossplay complet entre PC, PS5 et Xbox), Pocketpair revendiquait plus de 40 millions de joueurs au total. Le studio a profité de cette version finale pour ajouter 72 nouveaux Pals, une zone endgame inédite et une refonte du netcode.
Le débat sur la brevetabilité des mécaniques de jeu
Au coeur des rejets se trouve une question fondamentale : peut-on breveter du gameplay ? Nintendo cible des mécaniques de capture par lancer d’objet, de chevauchée de créatures et de transition entre états. Or Palworld mêle ces éléments à un système de survie, de crafting, de construction de base et d’automation industrielle, sans oublier la présence d’armes à feu. La comparaison avec Pokémon s’arrête à un bestiaire mignon capturable : le contexte et l’expérience de jeu divergent radicalement. Les décisions du JPO, en citant des titres aussi variés qu’ARK ou Pokémon GO, illustrent la difficulté de revendiquer une appropriation exclusive d’idées de design trop générales.
Un procès qui s’enlise, un jeu toujours disponible
Les récents revers n’éteignent pas la procédure : Nintendo peut amender ses brevets ou faire appel, ce qui prolongera le bras de fer. Toutefois, la tendance est à l’érosion de l’attaque juridique initiale, et Palworld reste accessible sur toutes les plateformes sans retrait ni blocage. L’affaire devient un cas d’école sur les limites de la protection des mécaniques de jeu, opposant un mastodonte aux réflexes propriétaires à un studio indépendant dont le succès rappelle que les meilleures inspirations naissent souvent du mélange des genres.



