La machine judiciaire de Take-Two Interactive s’emballe. L’éditeur vient de déposer des assignations devant un tribunal fédéral de New York pour forcer Microsoft et Discord à lui fournir des dossiers. L’objectif est clair : identifier le ou les individus derrière le pseudonyme « cyberleek », accusé d’avoir diffusé des vidéos de gameplay de Grand Theft Auto VI.
Une chasse à l’homme numérique
Selon le dépôt légal, daté du 20 août et déposé devant la Southern District Court of New York, Take-Two ne se contente plus de simples demandes de retrait. L’entreprise exige de Microsoft ses « internal business records » et « investigative records », autrement dit les journaux internes liés à l’enquête sur le compte « cyberleek ». La requête vise à obtenir des informations d’identification complètes : identifiants de compte, emails d’inscription, adresses IP de première et dernière connexion, numéros de téléphone, et même les connexions liées comme des comptes Google ou Xbox.
La pression s’intensifie également sur Discord. La plateforme de discussion est sommée de fournir les données de tous les comptes ayant communiqué sur des serveurs spécifiques, avec une attention particulière portée aux pseudonymes alternatifs comme CinematicRockstar ou Surfer24k. Take-Two cherche aussi à récupérer tout contenu stocké sur OneDrive en lien avec GTA, Rockstar ou « Cyberleek ». Le dépôt précise que cette requête DMCA ne servira qu’à protéger les droits de l’éditeur contre un présumé contrefacteur.
Un réseau de fuites sous pression
Cette offensive judiciaire n’est pas un coup d’essai. Elle s’inscrit dans une stratégie de durcissement radical de la part de Take-Two face aux fuites. On se souvient du spectaculaire piratage de 2022, attribué au groupe Lapsus$, qui avait vu une centaine de vidéos pré-alpha et des extraits de code source de GTA 6 se retrouver en ligne. À l’époque, l’enquête internationale avait mené à l’arrestation d’un adolescent au Royaume-Uni. Aujourd’hui, la cible n’est plus seulement le hacker, mais tout l’écosystème de diffusion : hébergeurs cloud, services de jeux et communautés en ligne.
Les vidéos attribuées à CyberLeek continuent de circuler malgré des suppressions répétées via des actions de retrait DMCA. Certaines sont décrites comme liées à une version 2024 du jeu, présentées comme authentiques par plusieurs observateurs, même si leur véracité n’a pas été confirmée de manière indépendante. Pour Rockstar, l’enjeu est de reprendre le contrôle du récit autour d’un titre dont la première bande-annonce officielle, en décembre 2023, a mis en avant un retour à Vice City et un duo de protagonistes inédit, dont une héroïne nommée Lucia.
Un géant économique sous haute protection
La férocité de la réponse juridique s’explique par le poids colossal de la franchise. Grand Theft Auto V a dépassé les 230 millions d’exemplaires vendus, et la série dans son ensemble flirte avec le demi-milliard d’unités. GTA Online, le mode multijoueur, reste une machine à revenus récurrents via les microtransactions. Dans ce contexte, GTA 6, dont la sortie est officiellement calée pour l’automne 2025 sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S, est le produit le plus sensible de l’industrie. Une fuite non contrôlée peut impacter la perception boursière de Take-Two, perturber des campagnes marketing millimétrées et, pire, exposer des vulnérabilités techniques exploitables pour créer des cheats dès le lancement.
Le développement du jeu, sous le moteur interne RAGE déjà utilisé pour Red Dead Redemption 2, promet une densité et une verticalité urbaine inédites, avec un accent mis sur la satire des réseaux sociaux et de l’Amérique contemporaine. L’absence d’annonce pour une version PC au lancement, une tradition chez Rockstar, laisse présager un port différé de 12 à 24 mois, une stratégie visant à optimiser le titre et à créer un second pic commercial. En attendant, la traque de « cyberleek » démontre que pour Take-Two, la protection de son joyau passe désormais par les tribunaux autant que par le code.

