Le timing est pour le moins surprenant. Alors que toute la planète gaming retient son souffle avant l’arrivée de Grand Theft Auto VI, la WWE a discrètement déposé une demande de marque pour le terme « Vice City ». Une initiative qui soulève forcément des questions, tant ce nom est viscéralement lié à l’histoire de la saga de Rockstar Games.
Un dépôt de marque qui tombe au pire moment
Selon des documents consultés par Fightful, la WWE a déposé le 4 août une demande d’enregistrement de marque pour « Vice City » auprès des autorités compétentes. La classe visée, IC 041, concerne explicitement les services de divertissement liés aux spectacles de catch, aux diffusions télévisées, radiophoniques et sur internet, ainsi qu’aux newsletters et blogs dédiés au sports-entertainment. Une description qui colle parfaitement aux activités de la fédération de Stamford.
Dans l’univers WWE, le terme « Vice City » est déjà utilisé comme surnom pour Lola Vice, catcheuse évoluant actuellement dans la division NXT. La demande de marque renforce d’ailleurs les indices d’une montée prochaine de Lola Vice au main roster, une pratique courante pour la WWE qui protège systématiquement les noms de scène et les marques associées à ses talents par le droit des marques. Les récents événements à NXT, où son départ de la marque a été évoqué, donnent du poids à cette hypothèse.
À ce stade, aucun prix, calendrier de lancement ou produit officiel WWE baptisé « Vice City » n’a été confirmé. Et surtout, aucun lien officiel n’existe entre cette démarche et Rockstar Games ou Take-Two Interactive, les ayants droit de la série Grand Theft Auto.
Vice City, un pilier historique de la saga GTA
Pour comprendre pourquoi ce dépôt fait autant de bruit, il faut mesurer la place de Vice City dans l’imaginaire collectif des joueurs. Cette métropole fictive, double satirique de Miami, est l’une des trois grandes villes récurrentes de la licence, aux côtés de Liberty City (New York) et de San Andreas / Los Santos (Californie). Elle apparaît dès le tout premier Grand Theft Auto en 1997, où elle figurait parmi les trois cités accessibles.
Mais c’est en 2002 que Vice City entre dans la légende. Grand Theft Auto: Vice City fixe l’ADN de la ville : une ambiance Miami eighties saturée de néons, directement inspirée de la série Miami Vice et des polars de l’époque, avec une bande-son devenue culte composée exclusivement de hits des années 80. L’épisode fait partie du trio sacré GTA III / Vice City / San Andreas qui a installé définitivement la série comme phénomène culturel mondial. En 2006, Grand Theft Auto: Vice City Stories viendra enrichir le lore en servant de prequel situé en 1984, explorant plus avant les mafias, les cartels et la corruption politique de la ville.
Vice City est donc une marque d’univers exploitée par Rockstar depuis plus de vingt-cinq ans, bien antérieure à tout usage récent par la WWE. Le terme fonctionne comme un véritable sous-label dans l’écosystème GTA : nom de jeu complet, nom de spin-off, lieu mentionné dans d’innombrables supports dérivés, guides et produits officiels.
Le retour à Vice City, événement majeur de GTA 6
Le contexte rend ce dépôt WWE particulièrement sensible. Grand Theft Auto VI, développé par Rockstar North, marque le retour officiel de la série en Floride fictive, dans une version moderne de Vice City. Après l’ère Liberty City de GTA IV (2008) et la décennie Los Santos de GTA V (2013), ce come-back dans un décor iconique est l’un des arguments les plus attendus par les fans.
Les ambitions techniques sont colossales. Le jeu s’inscrit dans la génération HD post-GTA V, avec un moteur poussé bien au-delà : densité urbaine accrue, foules plus réactives, intelligence artificielle repensée pour la police et les civils, physique plus fine, conduite plus crédible. Rockstar promet un monde ouvert « vivant », plus réactif au comportement du joueur que jamais, intégrant réseaux sociaux in-game, économie dynamique et satire de l’Amérique moderne. La présence d’au moins une protagoniste féminine jouable, Lucia, constitue une première dans un épisode principal de GTA.
La sortie est attendue d’abord sur consoles de génération actuelle, dans la droite ligne de la stratégie historique de Rockstar qui a toujours privilégié les lancements consoles first (PS2 pour la trilogie 3D, PS3 et Xbox 360 pour GTA IV et V), avant de proposer des versions PC dans un second temps.
Un géant face à un dépôt de marque
Il faut aussi mesurer le poids économique et culturel de GTA pour saisir la portée potentielle de toute tension juridique autour du nom « Vice City ». La franchise est décrite comme l’une des plus importantes et révolutionnaires de l’histoire du jeu vidéo, notamment pour l’open world, la liberté d’action et la narration adulte. GTA V, sorti en 2013, est qualifié de « casse du siècle » dans certaines rétrospectives en raison de ses ventes et de sa longévité commerciale exceptionnelle, prolongée par un GTA Online toujours actif plus d’une décennie après son lancement.
La série a déjà connu son lot de polémiques et de procès, intentés par des personnalités ou institutions s’estimant caricaturées. Rockstar est un studio habitué à jouer avec les limites légales et morales pour nourrir son image rock’n’roll. Dans ce cadre, une tentative de dépôt de marque sur « Vice City » par un tiers arrive sur un terrain où le studio écossais a une présence forte, ancienne et parfaitement documentée.
Pour l’instant, rien n’indique une réaction officielle de Take-Two ou de Rockstar. Mais à quelques mois du lancement le plus attendu de l’histoire du jeu vidéo, voir le nom de sa ville emblématique faire l’objet d’une demande de marque par une autre entité du divertissement mondial a de quoi faire lever quelques sourcils dans les bureaux de New York.

