L’émulation de la PlayStation 5 vient de franchir une étape symbolique. Le projet open-source SharpEmu, développé par le programmeur par274, a réussi à afficher l’écran de démarrage du remake de Demon’s Souls sur PC. Une prouesse technique qui rappelle les balbutiements de l’émulation PS4, mais qui reste encore très loin de pouvoir faire tourner des titres commerciaux, et encore moins un futur GTA 6.
Un prototype expérimental, pas un outil de piratage
SharpEmu est un prototype expérimental écrit en C#, conçu exclusivement pour la recherche éducative et le reverse engineering de l’architecture de la console de Sony. Le développeur insiste sur ce point : il ne s’agit pas d’un outil destiné au piratage. Pour l’instant, l’émulateur a réussi à lancer un jeu 2D léger, Dreaming Sarah, en parvenant à parser les fichiers, exécuter des instructions CPU natives et rendre les textures. Concernant le remake de Demon’s Souls, le résultat est bien plus modeste : seul un splash screen s’affiche, l’émulateur traitant encore des boucles de code basiques.
Demon’s Souls, un monument du jeu vidéo comme terrain d’expérimentation
Le choix de ce titre pour tester l’émulation n’est pas anodin. L’original, sorti sur PlayStation 3 en 2009, est un action-RPG développé par FromSoftware sous la direction créative d’Hidetaka Miyazaki. Il a posé les fondations du genre soulslike, avec son système de combat exigeant basé sur l’observation, le timing et la gestion du risque. Son univers plonge le joueur dans le royaume ravagé de Boletaria, où le retour du Old One et des démons a plongé le monde dans le chaos après l’usage excessif des Soul Arts par le roi Allant XII.
Le remake de 2020, développé par Bluepoint Games en collaboration avec Japan Studio et édité par Sony Interactive Entertainment, est un objet techniquement très distinct de la version PS3. C’est bien cette version PlayStation 5, sortie au lancement de la console en novembre 2020, que SharpEmu tente d’émuler. Le jeu original, longtemps sous-estimé au Japon avec seulement 20 000 ventes la première semaine, est devenu un succès critique et d’estime en Occident, dépassant les 1,7 million d’exemplaires vendus en mars 2015. Il est aujourd’hui régulièrement cité parmi les meilleurs jeux de tous les temps.
Une architecture PS5 particulièrement complexe à dompter
L’émulation de la PS5 se heurte à des obstacles techniques majeurs. L’architecture Kraken, les API personnalisées de Sony et le manque criant de documentation sur le GPU de l’APU de la console rendent la tâche titanesque. Les développeurs doivent réimplémenter entièrement le fonctionnement de la machine. À ce jour, aucun émulateur PS5 ne peut exécuter de jeux commerciaux. D’autres projets comme RPCSX, qui vise aussi l’émulation PS4, restent à un stade de développement précoce et ne peuvent pas lancer de titres PS5 retail.
Méfiance face aux faux émulateurs
La communauté doit rester vigilante. Des sites proposent des émulateurs PS5 prétendument fonctionnels, comme PS5Emu v2.0 ou PCSX5. Il s’agit en réalité de simulateurs d’interface qui ne font tourner aucun jeu, ou de versions non vérifiées sans fonctionnalité réelle. Un contributeur Reddit confirme que le projet par274/sharpemu, le seul véritable émulateur en développement, est encore dans sa phase infantile. Selon les estimations, il ne sera pas opérationnel pour les jeux commerciaux avant 3 à 4 ans.
Un horizon lointain, bien après GTA 6
Les développeurs de SharpEmu sont lucides : l’émulation de jeux commerciaux complets est à plusieurs années de distance. Ils estiment même que la version PC officielle de GTA 6 sera disponible bien avant que l’émulateur ne soit capable de le faire tourner correctement. Le code source de SharpEmu est accessible sur GitHub à l’adresse https://github.com/par274/sharpemu. Le projet est entièrement gratuit et open-source, testé sur Windows PC. Aucune déclaration officielle de Sony ou de Par274 n’a été publiée en dehors des notes du projet GitHub.



