Haley Joel Osment incarne David, l'androide-enfant dans A.I. Artificial Intelligence de Spielberg.

A.I. Artificial Intelligence : la seule chose que Spielberg modifierait aujourd’hui

Lili · · 4 min · 0 commentaire

Vingt-cinq ans après la sortie d’A.I. Artificial Intelligence, Steven Spielberg livre un regard inattendu sur son film le plus énigmatique. Interrogé en 2026 à l’occasion de SXSW et dans divers entretiens, le cinéaste a expliqué la seule chose qu’il modifierait aujourd’hui : il retirerait l’intelligence artificielle de toute décision créative. Une prise de position forte alors que les IA génératives bouleversent le monde du cinéma.

De Kubrick à Spielberg, une genèse hors norme

Le projet est né dans l’esprit de Stanley Kubrick au début des années 1980. Fasciné par la nouvelle « Supertoys Last All Summer Long » de Brian Aldiss (1969), le réalisateur de 2001, l’Odyssée de l’espace a passé près de deux décennies à développer ce conte sur un enfant robot désespérément en quête d’amour maternel. Convaincu que la technologie de l’époque ne permettait pas de rendre crédible un androïde enfantin, Kubrick a envisagé l’animation et demandé à Ian Watson un traitement de plusieurs centaines de pages.

Après la mort de Kubrick en 1999, Spielberg reprend le flambeau, poussé par les échanges qu’ils avaient eus sur le sujet. Pour la première fois depuis Rencontres du troisième type, il écrit seul le scénario, en s’appuyant sur le matériel laissé par son confrère. Le film sort le 29 juin 2001 aux États-Unis, puis le 24 octobre en France, sous le titre complet A.I. Intelligence artificielle.

Un futur glaçant, entre conte et cauchemar

L’intrigue se déroule dans un XXIe siècle ravagé par la montée des eaux. Les mechas, des robots anthropomorphes, sont devenus monnaie courante. Le professeur Hobby (William Hurt) crée David (Haley Joel Osment), un prototype d’enfant androïde capable d’imprimer un amour inconditionnel pour sa mère adoptive. Adopté par les Swinton, David est vite rejeté et entame une quête éperdue pour devenir un « vrai petit garçon », accompagné de Gigolo Joe (Jude Law), un robot prostitué flamboyant.

Le film multiplie les références à Pinocchio et tisse une atmosphère unique, entre la froideur clinique héritée de Kubrick et les élans sentimentaux chers à Spielberg. La Foire à la chair, où des mechas sont détruits devant une foule en liesse, et la ville néon de Rouge City marquent durablement les esprits. L’épilogue, situé 2000 ans plus tard, a longtemps divisé : trop sirupeux pour les uns, tragédie masquée sur la mémoire et le deuil pour les autres.

Une production de tous les superlatifs

Avec un budget estimé autour de 100 millions de dollars, A.I. a mobilisé les talents d’Industrial Light & Magic et de Stan Winston, mêlant animatroniques et effets numériques pour donner vie aux mechas. La photographie de Janusz Kamiński alterne tonalités bleutées et saturations agressives, tandis que la partition de John Williams délaisse les fanfares pour une mélancolie quasi religieuse.

À sa sortie, le box-office nord-américain plafonne à 78 millions de dollars, un résultat en demi-teinte pour un film de Spielberg. Les recettes internationales (157 millions) poussent le total à 235 millions, un succès modéré donc. La critique est très partagée, certains moquant le mariage contre-nature de deux visions, quand d’autres saluent une œuvre audacieuse. Le film décroche néanmoins deux nominations aux Oscars (meilleure musique, meilleurs effets visuels).

Le regard actuel de Spielberg sur l’IA

C’est dans ce contexte que le cinéaste, vingt-cinq ans plus tard, confie sa méfiance. « Utilisez l’IA comme un outil, mais ne la considérez pas comme le dernier mot en matière de créativité », a-t-il déclaré en substance, précisant n’avoir jamais utilisé l’IA sur ses propres films. Pour lui, l’âme reste « inimaginable et inexprimable par la machine ».

La seule chose qu’il changerait donc aujourd’hui ? Arracher l’IA des décisions artistiques : pas de placement de caméra automatique, pas de dialogues générés, pas de direction créative déléguée à un algorithme. Tout au plus concède-t-il une aide à la planification ou au budget, des tâches qu’il cantonne strictement à la logistique.

Cette position, qui fait écho aux dilemmes de David dans A.I., a été exprimée publiquement lors d’événements comme SXSW 2026 et relayée par Reuters. Elle nourrit aujourd’hui un débat plus large sur l’éthique des IA génératives, alors que le film resurgit comme une œuvre visionnaire. De quoi redonner toute sa force à ce long-métrage longtemps sous-estimé.

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